Florence Legros, Professeur à l'université Paris-Dauphine
Les comptes de l'assurance vieillesse sont dans le rouge : de - 1,9 milliards d'euros en 2005, le déficit devrait être de- 2,4 milliards en 2006 pour atteindre - 3,5 milliards d'euros en 2008. Face à l'arrivée des baby-boomers à la retraite, le rendez-vous prévu par loi Fillon en 2008 devra conduire à des choix... peut-être douloureux. Explication avec Florence Legros, Professeur à l’université Paris-Dauphine, membre du conseil scientifique du cercle des épargnants et auteur de « Retraite. Libre opinions d’experts européens » aux éditions Economica (2007).
« La loi Fillon va dans le bon sens, mais elle reste insuffisante »
Selon le scenario central de l’Insee, la France devrait compter 1,8 actif pour un retraité en 2020 et 1,4 en 2050, contre 2,5 aujourd’hui. Les générations qui partiront à la retraite en 2020 toucheront donc une pension inférieure. A quel point la situation du financement des retraites est-elle inquiétante ?
Elle est très inquiétante et le problème va devenir encore plus aigu pour les générations en 2040. Pour être concret, prenons l’exemple d’un non cadre qui gagne 2 000 € en fin de carrière. S’il part à la retraite en 2020 avec 1400 €, 30 ans plus tard, exprimée en parité de pouvoir d’achat, sa pension équivaudra à 800 €. La raison : l’indexation des retraites sur les prix et non sur les salaires. Ce qui ne signifie pas que sa pension aura baissé. Seulement pendant que les salaires continuent d’augmenter en termes réels (ici de 2% par an), les retraites vont stagner en termes réels puisqu’elles sont indexées sur les prix. Résultat, le pouvoir d’achat relatif des retraités va baisser. Autre exemple : quelqu’un qui rentre sur le marché du travail à 30 ans devra travailler jusqu’à 72 ans s’il doit cumuler 42 annuités. Imaginons qu’il soit licencié à 55 ans : il lui manquera 2/3 de sa carrière. Il touchera donc, sur une base de 1400 €, à peine 800 € au moment de sa cessation d’activité et 45 % de moins 30 ans plus tard. 30 % des retraités seront au minimum vieillesse en 2030. L’enjeu est donc fondamental.
Les mesures prises par la loi Fillon de 2003 vont-elles résoudre le problème ?
La loi Fillon va dans le bon sens, mais elle reste insuffisante. Elle ne permet pas d’arriver à l’équilibre en 2020. L’ambiguïté, c’est que les simulations qui aboutissent à l’équilibre reposent sur un principe faux : la baisse de la population active devrait réduire le chômage et les excédents de l’assurance chômage seront transférés à l’assurance vieillesse. Or, je ne vois pas le Medef accepter un basculement des excédents. Il réclamera plutôt des baisses de charges sociales. Par ailleurs, rien ne prouve que la baisse de la population active conduise à la réduction du chômage.
Second point faible de la loi : elle augmente l’âge de la retraite, ce qui peut apparaître comme une bonne mesure. Encore faut-il qu’elle soit effective. En effet, l’âge moyen de la liquidation des retraites est de 62 ans et l’âge moyen de cessation d’activité est de 57 ans. Il reste 5 ans à combler. Par ailleurs, il faut raisonner en année de cotisation et non en âge. La seule solution, selon moi, est d’augmenter la durée d’activité, puisqu’il n’est pas question d’augmenter les cotisations, ni les prélèvements obligatoires.
Comment pourrait être améliorer la réforme ?
Le préalable indispensable à l’allongement de la durée d’activité est la baisse du chômage. La France affiche l’un des taux d’activité les plus faible d’Europe et un taux de chômage qui est parmi les plus élevé. Seuls 30 % des plus de 55 ans travaillent, le taux d’activité des 15-24 ans n’était que de 30 % en 2002 et seuls 63 % des personnes qui travaillent aujourd’hui et qui ont 30 ans ont 10 ans d’activité derrière eux. Nous avons 5 millions de travailleurs non qualifiés. La situation est donc préoccupante. Il manque des mesures d’accompagnement à la loi Fillon pour aider à la réduction du chômage : réformer l’Anpe, revoir les formations, supprimer les préretraites, qui n’ont fait qu’augmenter le chômage des jeunes, adapter les postes, etc.
Par ailleurs, il faut développer en France l’épargne salariale et la retraite par capitalisation. Il faut sortir de l’idée que la capitalisation est réservée à des gros capitalistes à gros cigares et chapeau haut de forme. Cela créé une inégalité entre les salariés et les capitalistes sur la répartition du profit. Les Français épargnent beaucoup, mais pas nécessairement sur les bons produits. S’ils veulent conserver un niveau de pension suffisamment élevé, il faudra bien développer ce qu’on appelle les fonds de pensions.
Propos recueillis par Laure Kepes
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